Ma bataille contre le doomscrolling, armé de livres et un serveur

J'ai une relation inconfortable avec YouTube et Reddit. Depuis un an, j'essaie de me rendre la lecture plus attrayante que les recommandations des plateformes. Voici mes apprentissages pour tirer le meilleur parti d'une liseuse Kobo et une bibliothèque d'e-books.

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Pourquoi auto-héberger ses livres

Ce qui est important pour moi, c’est limiter la friction pour que je puisse commencer facilement ce que je veux vraiment et ne pas succomber à l’appel du doomscrolling. En gros, il faut qu’attraper un livre soit toujours facile et désirable, sinon la bataille est perdue d’avance : YouTube est à portée de main, et me proposera toujours quelque chose d’intéressant.

Ce qui a plutôt bien fonctionné au début, c’était d’avoir ma liseuse toujours avec moi, dans ma poche.

Sauf que “ce que je veux lire” est très volatile. Aujourd’hui, je ne sais pas à l’avance ce qui que je voudrais lire demain. Et si je n’ai pas ce que je voudrais, alors je ne lirais pas. S’il était possible d’apporter toute ma bibliothèque avec moi je le ferais, mais dans une Kobo Clara il y a seulement 12 Go utilisables de stockage interne non extensible.

Pour les détenteurs de livres numériques achetés sur la Fnac ou Rakuten, il y a le Kobo Store, qui permet de télécharger ses e-books sur la liseuse. L’intégration semble correcte - même si les prix proposés me semblent quelque peu excessifs par rapport aux livres physiques.

Aussi, l’attrait du matériel Kobo pour moi c’est le sideloading, qui y est un citoyen de première classe.
Alors pour commencer, je me contente d’embarquer quelque livres sur ma liseuse et voir ce que ça donne.

Niveau 1 - Sideloading avec Calibre

Calibre est l’option manuelle que j’ai pu éprouver pendant plus d’un an.

Le principe est simple : On gère sa bibliothèque sur son PC, et on sideload les livres qu’on veut lire sur sa liseuse par USB en un clic. C’est robuste, c’est fiable, Calibre n’a simplement pas de concurrent sérieux pour la gestion de bibliothèque d’e-books et je recommande l’outil.

L’éditeur de métadonnées est clairement sa force :

  • Correction de données par livre ou par lot
  • Auteurs multiples, concept de séries, étiquettes, métadonnées variées
  • Système de “titre de tri” pour les livres et les auteurs

En passant, le système d’envoi vers la liseuse est le seul moyen que j’ai trouvé pour faire reconnaître les métadonnées de série à ma Kobo. Bon, le système n’est pas parfait mais fonctionnel.

Tout n’est pas rose pour autant, le gros point d’ombre de Calibre est son interface utilisateur datée et surchargée. Il faut du temps pour la maîtriser, et c’est parfois frustrant.

Capture d’écran de l’interface de Calibre


Bon, alors je sideload mes PDF, EPUB et CBZ du moment sur ma liseuse, une fois de temps en temps. Puis je pars, j’attrape ma liseuse et… Ah mais j’aurais bien aimé lire ce livre là, que je n’ai pas ajouté… Ou bien lire la suite de cet autre manga dont j’ai dévoré tous les tomes chargés…

Il me faut un moyen d’accéder à ma bibliothèque à distance, sinon je ne peux pas rivaliser avec mon flux d’abonnements YouTube et ce foutu sentiment de vide à la fin d’une session qui n’a fait que passer le temps.

Niveau 2 - Calibre serveur et KOReader

Dans la communauté, on ne peut pas reprocher de réinventer la roue : tout a été fait pour amener Calibre sur un serveur. Que ce soit l’envelopper dans du WebVNC, le piloter depuis une WebUI custom ou y attacher des scripts, tout a été fait.

J’aime Calibre, alors pourquoi pas l’embarquer sur mon serveur ?

Côté liseuse, c’était aussi l’occasion de d’essayer le très populaire lecteur open-source KOReader puisque les liseuses Kobo sont assez simple à modder. KOReader est tellement populaire qu’il a des intégrations serveur, notamment sur Calibre-Web-Automated.

J’en avais un bon souvenir, puisque je l’avais utilisé pour libérer une Amazon Kindle d’occasion et expérimenter avec un e-reader avant de craquer sur du matériel plus haut de gamme.

Le cas Calibre Web Automated

Calibre Web Automated est un fork de Calibre Web avec la synchronisation KOReader en plus, ce qui est la killer app du projet à mes yeux.

Je me suis accroché quelques jours pour essayer, mais il faut se rendre à l’évidence… CWA n’est pas abouti. Enfin, c’est le plus gentil que je puisse dire, car l’abus d’emoji dans la documentation un peu trop vendeuse et les features implémentées à moitié font plutot penser à une équipe abusant de programmation agentique.

L’interface CW/CWA est clunky, les fonctionnalités de synchronisation Kobo et KOReader sont à peine des preuves de concept, la conversion de format ne peut pas rivaliser avec l’excellent KCC, quand les paramètres de conversion sont même pris en compte…

Capture d’écran du README de CWA Capture d’écran du panneau d’administration de CWA

Il faut aller de l’avant.
Il faut laisser Calibre là où il excelle, sur le bureau.

Le lecteur KOReader

KOReader est un lecteur e-book cross-platform qui bénéficie d’un vaste support communautaire, grâce à son adoption massive et une équipe de développement qui semble mettre un point d’honneur à supporter toutes les plateformes et formats de livres imagineables. Pour le parcours de bibliothèque distante, un lecteur OPDS est intégré.

Ce qui fait briller KOReader, c’est justement son lecteur. Réactif, robuste, customisable (mélioratif) et intuitif, très honnêtement je ne peux pas y reprocher quoi que ce soit, et je comprends que tant de monde passe outre les défauts d’ergonomie généraux.

C’est un logiciel fonctionnel et robuste qui souffre du MIOS. Le mal de l’interface open-source.

KOReader est un lecteur, plus un tas d’options balancées en vrac à la disposition de l’utilisateur, regroupés hasardeusement en onglets et sous-menus. Il ne faut pas voir ça comme une balle perdue pour KOReader : Ça reste un lecteur d’e-books extrèmement performant et solide, mais ce n’est pas un bon navigateur.

Menu livre Menu texte Paramètres Réglages Recherche Bibliothèque liste Bibliothèque grille

Pour plus de détails, voir un tutoriel pour débutants sur KOReader

L’interface est à fois trop dense en informations annexes dans les menus, et trop lacunaire dans son affichage des fichiers locaux. C’est dommage parce que les options de customisation ne manquent pas. J’aurais aussi aimé avoir un parcours distant plus ergonomique, même si je ne sais pas si je dois blâmer le protocole OPDS, le serveur CWA ou KOReader à ce sujet.

KOReader est un excellent lecteur, qui peut aussi (faute de mieux) faire office de navigateur de bibliothèque. Pour libérer une Kindle comme j’ai pu le faire par le passé c’est déjà un bond immense, mais face à l’interface native Nickel des liseuses Kobo c’est un downgrade.

Niveau 3 - Komga et Nickel

Je préfère souvent trouver un logiciel dont la vision produit “vanilla” me convient sans avoir à bidouiller les paramètres. En général, c’est un bon signe que je n’aurais pas à me battre après la configuration par défaut ni après une mise à jour qui refond l’interface.

Nickel - l’interface Kobo qui porte bien son nom 👌

Le travail fourni par les équipes de Kobo est très bon, et j’y trouve un aujourd’hui un équilibre sain entre un produit commercial - dont le but est tout de même de vendre des livres sur la boutique intégrée - et une interface de liseuse sideload-friendly qui sait se faire oublier pour laisser la place à ce qui compte vraiement, lire des livres.

La navigation est claire, imagée et ordonnée grâce aux métadonnées. Ce que j’apprécie le plus, c’est de pouvoir naviguer par auteurs, séries et collections, ce qui n’est pas possible avec KOReader et sa navigation locale calquée sur le système de fichiers.

La seule chose que je pourrais y reprocher est la présence d’encarts vers la boutique Kobo sur la page d’accueil. Cependant, dès qu’on charge un livre, ils sont repliés pour laisser de la place au contenu et ne plus être que 3 lignes de texte en bas de la page.

Bibliothèque de l’interface Nickel Accueil de l’interface Nickel

Si je suis amené à utiliser autre chose que Nickel, il y a intérêt que ce soit au moins aussi facile de parcourir ma bibliothèque, télécharger des livres, et les lire.

Komga - Un serveur pensé comics, excellent pour les livres

Initialement j’ai exclus Komga dans mes recherches pour deux raisons :

  • Il se présente comme centré sur les comics.
  • Je l’ai jugé à sa couverture, parce qu’un serveur de livres qui ne présente pas d’office son interface ne m’inspire pas confiance.

C’était une erreur ! J’ai été agréablement surpris en l’essayant puisque Komga supporte tout aussi bien les e-books standards, a une interface jolie et bien organisée, et une intégration native avec Kobo dans l’interface Nickel. Les livres apparaissent directement sur la liseuse après une synchronisation.

Capture d’écran de l’interface de Komga

Pour ajouter un livre sur le serveur, il suffit de le déposer dans le dossier d’une bibliothèque, puis lancer un scan. Komga ne s’occupe pas de récupérer les métadonnées depuis des sources tierces, juste de lire ce qui existe localement et exposer une bibliothèque.


Son seul défaut (à mon goût) est de ne pas intégrer de convertisseur de format. C’est dommage, parce que les livres CBZ ne peuvent pas être servis tel quels aux appareils Kobo avec l’intégration, et doivent impérativement être convertis au format EPUB au préalable avec KCC.

C’est dû au fonctionnement du Kobo store qui ne vend que des livres au format Kobo-EPUB, donc Nickel ne sait pas télécharger ou synchroniser la lecture d’autre chose.

Au final, ce n’est pas très grave pour moi puisque l’ajout de livres à ma bibliothèque est ponctuel. Un bonus est que je maîtrise exactement comment sont affichés les livres sur ma liseuse, puisque je fais la conversion moi-même, avec les paramètres que je définis. Le jour où je changerais de liseuse pour une plus haute résolution, ou avec un affichage en couleur par exemple, je n’ai qu’à repasser tous mes manga d’un coup dans KCC avec le nouveau preset puis les déposer dans Komga.

Capture d’écran de Kindle Comic Converter (KCC)

Comment fonctionne la liaison Komga ↔ Kobo

Pour les curieux comme moi qui se demandent comment fonctionne la synchronisation, les appareils Kobo permettent de changer l’endpoint API du magasin dans le fichier de config principal .kobo/Kobo/Kobo eReader.conf

Il suffit de modfifier une ligne sur la liseuse :

[OneStoreServices]
api_endpoint=https://<your_komga_address>/kobo/<api_key>

Et de son côté, Komga se contente de réimplémenter les endpoints et le protocole du magasin Kobo. On peut parcourir sa biblothèque distante, télécharger ses livres, et sauvegarder son avancée de lecture sur le serveur.


Je suis très agréablement surpris de ce fonctionnement. Rien n’obligeait les ingénieurs de chez Kobo à permettre ça facilement, ni de sideload des livres, d’ailleurs.

Il leur aurait suffi d’ajouter une validation de la signature du serveur et d’intégrer la clé publique dans le firmware de l’appareil pour que la réimplémentation ne soit pas possible. Chose que de nombreux fabriquants se permettent de faire, condamnant par ailleurs lesdit appareils à devenir de l’e-waste après la fin du support officiel par le fabriquant.

C’est une preuve de bonne volonté concrète, qui crée en soit un manque à gagner à Kobo puisqu’ils ne forcent pas les utilisateurs à consommer sur leur plateforme. C’est normal en soit, mais assez surprenant en 2026 de voir une entreprise pas encore “enshittified” au point d’enlever tout pouvoir au consommateur. Je suppose assez cyniquement que la Fnac et Rakuten derrière Kobo ne font pas ça pas bonté d’âme, mais sont très au courant de leur positionnement sur le marché et savent qu’ils ne peuvent pas concurrencer Amazon en ayant la même proposition de valeur que le conglomérat.

Toutefois, je ne vais pas cracher dans la soupe !

Conclusion

Ça marche bien 👍

Aujourd’hui je suis satisfait de l’interface Nickel intégrée à la Kobo Clara et j’ai trouvé un serveur solide avec Komga, qui me permet de sideload mes livres à la volée.

Est-ce que ça va résoudre mon problème de friction qui m’empêche de lire ? Peut-être, peut-être pas. En tout cas, j’ai vraiment l’impression d’avoir trouvé un fonctionnement qui répond à mon besoin, et me respecte en tant que consommateur.

Mais ça pourrait être encore mieux 🥺

J’ai un peu une allergie au logiciel propriétaire, donc je ne me satisfais pas à 100% de Nickel. Cependant, telle qu’est conçue la liseuse Kobo, je sais que je reste propriétaire de mon matériel. Dans le pire des cas je peux bloquer les mises à jour de firmware me passer du Kobo Store.

Plus généralement, je dis souvent deux choses :

  1. Je n’achète pas des promesses.
  2. Je ne veux pas devoir faire confiance.

Et selon moi, les appareils Kobo sont validés :

  • L’utilisation sans dépendre des services en ligne Kobo n’est pas une promesse, c’est déjà possible. Je suis déjà maître de mon matériel.
  • Pas besoin d’avoir confiance en le fait que le magasin soit encore présent dans 10 ans, je pourrais sideload mes livres et synchroniser l’état de lecture avec mon propre serveur.

Le seul mauvais point que je peux donner à Kobo est que passer la création de compte au premier démarrage est un peu complexe, et n’est pas franchement prévu. Avoir un compte en ligne Kobo n’est pas essentiel à l’utilisation de l’appareil, alors il devrait être proposé de ne pas en créer un.

Dernière mise à jour le 2026-08-18
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